Le plus inconnu de tous les détectives célèbres
Notes de lectures sur La Clairvoyance du père Brown
La lecture du Flambeau d'Agatha Christie, m’a fait dire qu’il fallait que je lise plus de nouvelles. C'est un format qui intéressant, court, et qui ressemble beaucoup à ce que j'aime dans les séries de détectives privés.
En faisant quelques recherches, je suis tombé sur un nom : le Père Brown.
Je n'avais jamais entendu parler du père Brown, qui est apparemment un des détectives du même rang que Poirot, Sherlock, Miss Marple, etc. Curiosité officiellement piquée ! J'ai donc commencé par le plus ancien des recueils de nouvelles du père Brown, et j'ai adoré. Ça a été une lecture assez surprenante.
Et wow.
Déjà, il y a tout ce que j’aime : atmosphère cosz, mystères compliqués… et pas trop d’émotion forcé. On a un détective qui est un petit peu à part, un petit peu différent, que les gens ont tendance à sous-estimer.
Sans parler de Poirot, ça m'a beaucoup rappelé la série Jonathan Creek, qui est une série que j'adore, avec à la fois cet univers un peu cosy, où il n'y a pas vraiment d'enjeux personnels, on ne parle pas de "c'est la sœur de machin" ou de bidule, etc.
Mais l'équilibre ici est un peu différent :
les environnements varient beaucoup (village, ville, en vacances…) mais toujours en Angleterre
on a quelques éléments un peu gothiques aussi, qui rappellent du coup un petit peu plus Sherlock Holmes que Poirot (des cimetières, des églises)
on a des personnages un peu étranges parfois, souvent excentriques
on a un grand criminel (dans le genre Lupin ou Larsan)
Bref. Tout ce que j’adore.
Et surtout, ce qui est très intéressant là-dedans, c'est que sous tout ça, c'est une presque une fable. Parce qu’on cherche la vérité mais pas forcément à piéger le coupable.
D'ailleurs plusieurs fois le Père Brown n'arrête pas le coupable du crime. Voir on ne sait pas ce qui se passe après. Et dans certaines autres, c'est grâce au père Brown qu'il n'a pas été arrêté. Notamment le grand criminel du départ qui s'appelle Flambeau.
Et tout ça fait en sorte que c'est un équilibre assez intéressant.
Certaines scènes me restent en tête :
Flambeau et le père Brown dans un cimetière,
le jardin du détective Valentin,
le campement du prince Saradine,
l'église gothique qui devient arme du crime.
Chesterton arrive à créer un univers marquant en quelques pages. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi imprégnée par des atmosphères à l’écrit.
Aussi au niveau des personnages.
Donc on a le père Brown, le détective, qui trouve la réponse au mystère à chaque fois. Un prêtre anglais qui se balade, qui va voir ses gens autour de lui, qui est invité par-ci par-là.
C'est une figure discrète, sous-estimée par la plupart des gens. Chesterton dit plusieurs fois qu'il a les yeux plats, c'est-à-dire qu'il n'y a pas beaucoup d'expressions dans ses yeux. Donc quelqu’un qui n'a pas l'air d'être perspicace, mais qui comprend l’âme humaine.
Un autre personnage important : Valentin, un détective célèbre français.
Il y a plein de pics vers les français dans le texte. On le présente comme quelqu'un qui sait y faire. Et puis, gros twist, complet renversement de situation avec le troisième personnage : Flambeau.
Flambeau, dans les premières histoires, c'est un voleur du type Lupin. Un voleur qui ne tue jamais personne, très ingénieux. Et on voit que le père Brown a de la fascination pour cette figure criminelle.
Le gros twist, c'est que les figures de Valentin et de Flambeau vont s'inverser après quelques histoires. Flambeau arrête de devenir voleur (parce que le père Brown n'arrête pas de lui dire "tu vaux mieux que ça"). Et Valentin va devenir un meurtrier et mourir assez rapidement.
Ça en dit long sur la vision de Chesterton.
Les histoires sont particulièrement intrigantes. La première nouvelle est notamment superbe.
On a des faux suspects, des mises en scène, beaucoup de détournements d'apparences.
Et au milieu de tout ça, on comprends que le père Brown, malgré les ingéniosités, c'est pas des nouvelles populaires. C’est pas écrit juste pour divertir.
Le twist vient avec une moralité.
Il ne s’agit pas de punir le meurtrier, il s’agit de réfléchir à la place de la culpabilité dans la foi chrétienne.
Certains motifs reviennent:
L'invisibilité sociale : il y a toute une nouvelle qui s'appelle "The Invisible Man", qui parle de l'invisibilité de certaines parties de la population.
Le déguisement, le double rôle revient régulièrement, notamment avec Flambeau.
La dissimulation du crime dans l'ordinaire, ça aussi régulièrement.
Les crimes moraux, un crime qui a été fait, mais pour une bonne raison. C’est pile dans le thème ça.
On voit bien que la foi, la morale catholique, la tentation, la rédemption, sont des thèmes importants pour Chesterton. C'est intéressant parce que c'est assumé. On assume qu'on est dans une nouvelle de type fable, avec une morale à la fin.
Ce qui dérange habituellement dans les écrits de cette époque revient aussi :
le traitement de l'étranger,
des figures asiatiques, orientales ou mystiques qui sont carrément racistes ou juste trop faciles à faire dans un récit.
C'est d'ailleurs les seuls moments où le père Brown s'emporte. Peut-être un indice de ce que pense vraiment l’auteur de tout ça ?
En tout cas, ce qui ressort le plus de tout ça, c'est vraiment l'humour et les images.
Quelques passages :
Aristocrats live not in traditions but in fashions.
humanity was always in his line, especially when it was good-looking;
Meanwhile the good priest and the good atheist stood at the head and foot of the dead man motionless in the moonlight, like symbolic statues of their two philosophies of death.
C'est vraiment superbement écrit, et je pense que ça pourrait être intéressant de le relire une deuxième fois.
Pour tout te dire, j'ai essayé de lire ce recueil en français (parce que j'essaie de lire plus en français), mais la traduction que j'avais n'était pas terrible. Et en voyant la façon dont c'est écrit en anglais, je me rends compte que ça ne doit pas être évident à traduire. Tout cet humour sec qui est tellement imbriqué dans la langue anglais. C’est difficile à traduire en français.
Bref, moi, ça m'ouvre des portes. Ça m'a donné plein d'idées pour mes propres projets.
J'ai un projet de roman détective (qui est un petit peu au point mort…) et je me dis que j’explorerai bien le format de la nouvelle avec mes idées.
Je me rends compte que j'aime énormément le rythme des nouvelles.
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