Vouloir toujours être utile
Réflexions sur la cage de l’utilité personnelle
Une question me vient ce soir : Qui serais-je si je ne cherchais plus à me rendre utile ?
Être utile, c’est normalisé. Noble, même.
Rends-toi utile, sois au service, crée de la valeur…
Et c’est vrai qu’il y a quelque chose de généreux là-dedans. Le désir de ne pas être juste un atome, mais une personne qui participe à quelque chose de plus grand.
Mais à force de me répéter « il faut que je sois utile », je me suis un peu enfermée dans une cage.
Parce que si mon moteur premier est l’utilité, alors je mets de côté tout ce qui ne l’est pas —même si ce sont des choses plus vivantes, plus incarnées, plus authentiques. Des actions qui me correspondent mieux.
Sur le plan professionnel, ça s’est manifesté par une impression de ne pas être “à la hauteur” : je ne fais pas un métier de la terre, de la médecine, un métier qui fait “tourner le monde”.
Alors il y a eu une forme de honte. Que ce que j’avais choisi de faire ne soit pas considéré comme particulièrement utile.
Et c’est pour ça que, quand on regarde mon site pro, ou les contenus que j’ai publiés, on voit que tout est ancré dans cette logique : transmettre de la valeur, donner des infos, des méthodes, des outils, des liens.
Être utile, le plus possible.
Le problème, c’est que cette valeur-là s’est échappée de la sphère professionnelle. Elle est venue s’emmêler à mes projets plus personnels.
Les Petits Papiers, par exemple. C’est un projet que j’ai lancé pour dire des choses que je ne pouvais pas dire sur mon blog, mais que j’avais quand même envie de partager. Des choses plus intimes, plus personnelles.
Et pourtant, même là, je me surprends à demander : “Est-ce que ça sert à quelqu’un d’autre que moi ?”
Alors que moi, si j’écris, j’ai déjà été au bout de ma réflexion. Mentalement, c’est digéré. C’est posé. Je n’ai pas besoin de le partager pour comprendre.
Et pourtant… je doute.
Parce que ça ne me rapporte rien. Pas d’argent. Pas de statut. Pas de reconnaissance.
Mais je le sens : être utile, ce n’est pas ce que je veux être. C’est pas terrible comme grande mission humaine quand même.
Ce que je veux être, c’est vivante. Incarnée. Créative.
Mais quand j’imagine ma vie, avec une rente à vie, sans obligation d’aider, sans pression d’être utile, ce n’est pas si évident d’imaginer ce que je ferais.
Parce que même dans mes chansons, même dans mes Petits Papiers, il y a encore cette part de moi qui dit : peut-être que ça servira à quelqu’un, un jour…
Et au milieu de tout ça, je crois que je me suis un peu oubliée, moi.
Alors aujourd’hui, j’essaie.
J’essaie de me sortir de cette logique de l’utilité. D’arrêter de penser que je dois être serviable, aidante, rentable en permanence.
Ce n’est pas la bonne boussole.
Et dans Les Petits Papiers, et dans d’autres projets créatifs — dont tu n’entendras peut-être jamais parler, parce que je ne les partagerai pas forcément — ce que je vais chercher, c’est autre chose.
L’authenticité de quelque chose. La part vivante. La part de vérité.
Un texte.
Un coup de pinceau.
Une tête en argile.
En fait, je crois que je cherche à me réapproprier un droit très simple : le droit d’exister, même sans être utile.
Et peut-être que c’est une mission très, très grande.
Mais elle commence là, avec cette question : Qui suis-je, si je ne cherche plus à être utile ?
Bienvenue dans Les Petits Papiers, mon espace le plus personnel sur internet.
Ici, je publie des morceaux d’idées, des réflexions qui me traversent, des bouts de projets créatifs, des essais et des notes de lecture. C’est un endroit où je peux écrire sans contrainte, partager des pensées qui n’ont pas forcément leur place ailleurs.
Si ça te parle, installe-toi, lis, réponds si tu en as envie. C’est un espace pour ceux qui aiment creuser les idées, observer les processus créatifs, et peut-être se reconnaître un peu dans mes propres interrogations.




Ethymologiquement Ex-Iste. Sorti ( d'une ou pour une ?) position de premier plan. Pourquoi ?
Est-ce que la beauté est utile ?