Talismans musicaux
une liste incomplète des chansons qui me font croire un peu plus au génie de l’humanité
J’ai (enfin) commencé Introspect de Visakan Veerasamy. Son ‘Friendly Ambitious Nerds’ avait déjà été une mine d’or de pensées.
Et je n’ai pas encore passé l’intro que déjà, je me sens poussée à en FAIRE quelque chose :
Je te recommande vivement, très vivement, de rassembler toutes tes œuvres d’art préférées – tout ce qui t’a un jour bouleversé – et de les garder près de ton cœur, comme des talismans, sur un autel personnel dédié à la dévotion envers l’esprit humain. Cela maintiendra ton esprit vivant. Ton esprit est précieux, inestimable, et il mérite d’être nourri.
Une liste ! J’adoooore les listes. D’autant plus quand il s’agit de collectionner des images, des livres, des citations, des tableaux… je le fais déjà. J’ai mon second cerveau de principes, ma bibliothèque, les murs de mon petit appartement, et mes réseaux (Pinterest en tête). Je considère cette collecte comme mon travail le plus important, parce que c’est de ce travail que découle tout le reste.
Mais le mot talisman a fait boum dans ma tête. Parce que c’est comme ça que j’imagine les chansons.
Enfin, précisément, c’est comme ça que j’ai commencé à penser aux chansons après avoir entendu Come On Aphrodite de Natalie Merchant pour la première fois.
Je me suis dit que c’était le plus beau sortilège qu’on pouvait se lancer que de chanter une prière à la déesse de l’amour. J’ai eu l’impression de toucher ce que la religion chrétienne a échouer à me transmettre toute mon enfance.
Et surtout, cette approche — la chanson talisman — a fini de me convaincre que mes petites chansons avaient un rôle bien précis.
Quand j’écris une chanson, je cherche avant tout à faire vivre un sentiment que je veux inscrire tout au fond de moi. Par exemple, j’ai écrit Rubicon pour immortaliser un rêve. Ça parait grandiose et naïf. Et tu sais quoi, peut-être que ça l’est, mais je m’en fous.
J’ai envie de te faire une liste de mes chansons talismans. Celles qui me réconfortent, qui me bougent, qui me rappelle ou qui parlent directement à quelque chose d’important en moi.
Pourquoi ?
Parce que je crois que c’est un exercice de discernement, de compréhension de soi et de curiosité.
Ça nous demande de :
prendre le temps de sélectionner
réfléchir à nos raisons et de se connecter quelque chose qui nous dépasse un peu
et, simplement, les écouter à nouveau pour se plonger dans ces sentiments qu’elles nous offrent
C’est aussi — ça va faire grandiose encore (mais j’y suis déjà, donc autant le sortir) — un exercice de reconnexion au génie de l’être humain. Un rappel qu’on n’est seulement des barbares qui s’assassinent, mais qu’il existe chez nous tous, une formidable capacité à créer des choses qui transcendent.
Petite note : quand je dis chanson, je dis forcément paroles, parce que la partie talisman passe par le chant pour moi.
Pas trop sûre de commnent la playlist va s’afficher sur les emails, donc je te rajoute le lien au cas où.
Les hymnes à la mélancolie
Ce sont les chansons qui me renvoient au passé. Celles qui me parlent quand je repense à la personne que j’étais, aux décisions qui ont marqué ma vie, aux moments où la mémoire se déploie comme un vieux film à l’intérieur de soi. Le genre de chanson qui semble le plus juste avec un casque sur les oreilles.
Both Sides Now – Joni Mitchell : le temps qui a passé et qui a cassé les illusions, qui a délivré ses leçons. Et à quel point elles m’ont transformé en la personne que je suis aujourd’hui.
I’m Through with Love – Lorez Alexandria : la décision d’en finir avec une histoire, de tourner la page, et d’assumer la gravité de ce choix. Et puis, plus largement, elle me renvoie à une histoire en particulier, et au sentiment de reprendre le contrôle de ma vie.
Blue Moon – Billie Holiday : elle me rappelle que je voulais la vie que je veux aujourd’hui, et à quel point c’était important, dans les moments durs, d’imaginer la vie qui est maintenant réelle autour de moi.
When – Dodie : La chanson qui me rappelle de vivre la vie d’aujourd’hui, pas celle de demain, ni celle d’hier.
Les chansons pour tenir debout
Des chansons qui me font venir les larmes aux yeux quand elles sont chantés par une foule. Elles ont un truc un peu viscéral.
Don’t Stop Believin’ – Journey : ne pas lâcher ses rêves. Forcément, c’est un truc qui me parle profondément (et je suis pas la seule).
Somebody to Love – Queen : le désir vital d’aimer et d’être aimé. Elle est magique. Regarde (particulièrement après 4:20), dès la première note, la foule SAIT, et des gens qui ont plutôt du mal à dire les choses en général, chantent leur besoin d’amour. Bah voilà, j’ai les yeux rouges maintenant.
Blood – Dropkick Murphys : bon, pas du tout la même vibe de foule, mais c’est aussi un sentiment humain de défendre farouchement les siens. Et sur un air celtique ? Po-po-po.
What’s Up – 4 Non Blondes : transformer la rage de ne pas rentrer dans le moule en force, pareil, c’est le genre de chanson qui fait chanter les passants de Grafton Street à Dublin.
Les talismans de transcendance
Il y a quelques chansons qui me font oublier moi-même. Ou, plutôt, qui m’inscrivent dans une tapisserie plus large de ‘l’Humain’.
Né en 17 à Leidenstadt – Jean-Jacques Goldman : Est-ce que c’est la combinaison Belfast / Somme en moi qui se réveille ? Surement. J’ai vécu un temps à Belfast, et à Dublin, et j’ai vu les cendres des Troubles pas si éteints que ça. Et les cicatrices des guerres mondiales, dont mes grands-parents parlent encore. Bref, cette chanson, c’est une proposition de paix.
Sur un prélude de Bach – Maurane : Là, on entre dans le meta, parce que cette chanson est avant tout un rappel que l’art élève — notamment la musique.
Tout l’album Keep Your Courage – Natalie Merchant (Eye of the Storm, Come On Aphrodite, Big Girls, Tower of Babel…) : c’est une de ces rares albums que j’écoute comme un album ET comme des chansons individuelles. Et il raconte toutes les facettes de l’amour humain, et me rappelle à quel point aimer est vaste. Come On Aphrodite est particulièrement adaptée au terme TALISMAN.
Les odes aux sentiments personnels
Je n’ai pas réellement su classer celles-là. Alors je te les donne ‘en bouquet’.
Kaleidoscope – Chappell Roan : rien n’est jamais pareil, la seule constante est le changement, et les sentiments se métamorphosent en permanence. Je suis très frustrée parce que je n’arrive pas à la chanter sans me faire mal.
Perfect Day – Lou Reed : une chanson qui ressemble à une inspiration lente et consciente au milieu d’un moment ératique.
Mon Dieu – Édith Piaf : la douleur nue de la séparation.
La Solitude – Barbara : apprivoiser la solitude comme une compagne.
Liability – Lorde : affirmer qu’être “trop” est aussi une forme de vérité.
Heart Full of Rain – Joe Cocker : le blues de l’amour perdu.
No Place Like Home – Beth Hart : garder trace des amours passés, transformés en mémoire.
What Are You Listening To? – Ruthie Foster
She Used to Be Mine – Sara Bareilles : c’est la voix que j’adresse à celle que j’ai été. La reconnaître, l’aimer, lui dire qu’elle ne s’est pas trompée d’avoir été ce qu’elle était. De m’excuser aussi de ne pas l’avoir traitée comme elle aurait dû l’être.
Dès que tu met le nez dans ce genre d’exercice, tu peux y passer des jours. Cette liste me paraît trop longue et trop courte à la fois, avec des dégrés de ‘talismans’ différents, que je sais pas trop comment ‘classer’ définitivement.
Mais peut-être que ce n’est pas le but — “définitivement”.
En tout les cas, je vais m’arrêter là pour cette fois. Parce que j’ai bien envie de décliner le concept (talismans visuels, naturels, instrumentaux, littéraires…). Il y a plus à dire, plus à partager, et sous d’autres formes encore.
Bref, bonne nuit !
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Ici, je publie des morceaux d’idées, des réflexions qui me traversent, des bouts de projets créatifs, des essais et des notes de lecture. C’est un endroit où je peux écrire sans contrainte, partager des pensées qui n’ont pas forcément leur place ailleurs.
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