Réflexes de guerre
Récit de mon vigile intérieur et de ses réflexes de guerre au service de ma boulimie de solitude
Je regardais une série tranquillement installée dans mon canapé, et ding dong. Quelqu’un sonne.

Mon cœur fait un bond : « Putain, il y a quelqu'un à ma porte ! » Je me lève à moitié, déjà en mode alerte maximale (personne ne passe jamais chez moi à l’improviste), avant de réaliser que... non.
C'était dans la série.
Mon cœur aurait pu relâcher la pression. Mais non, j'ai eu peur de cette réaction automatique. De cette vigilance qui ne s'éteint jamais, même quand je suis censée être détendue.
Ça m’a renvoyé à des périodes pas trop chouettes.
La colocation conflictuelle à Dublin avec la famille brésilienne. La ferme de mes parents où les humeurs des uns et des autres peuvent ternir n’importe quelle journée. Les hostilités de la vie en commun avec un ex.
Pendant des années, j'ai vécu avec ce que j'appelle maintenant « le vigile intérieur ».
Un espèce de petit gars qui monte la garde H24, qui analyse chaque bruit, chaque mouvement, chaque changement dans l'environnement. Parce que vivre dans un environnement où chaque bruit peut potentiellement t'impliquer, te déranger, te mettre en alerte, ça forge un radar qui ne s'éteint jamais.
Les claquements de porte, les pas dans le couloir, les voix qui montent deviennent une information à traiter : « Est-ce que ça me concerne ? Est-ce que je dois agir ? Réagir ? Me préparer à quelque chose ? »
Et, c'est épuisant, cette vigilance domestique.
Quand j'ai déménagé seule pour la première fois, miracle : le silence. Et à chaque endroit que j’ai habité seule, la même paix.
Pas un silence physique – que ce soit Calais, Dublin ou la banlieue de Belfast, nulle part n’est jamais vraiment silencieux. Mais un silence personnel.
Les bruits ne m'appartenaient plus.
Ce n'étaient plus des informations à traiter. Ce n'était plus mon rôle d'agir ou de réagir. Mon cerveau a pu faire un truc révolutionnaire : se désintéresser de l'environnement.
Et ce n'est pas juste du confort. C'est du repos, de ne plus avoir besoin de faire attention.
« Je n'en ai jamais assez de faire ce que je veux », j'ai écrit ça l'autre jour dans mes notes. « Je suis une boulimique de solitude. » Et c'est encore vrai.
Même après des années de vie solo, j'ai encore une faim insatiable de ces moments où je peux juste... exister. Sans surveiller. Sans analyser. Sans me préparer mentalement à une interaction non désirée.
Tout ce qui m’enlève ça, me blesse un peu. Demande un peu trop de moi.
Le vigile n’est toujours pas en retraite.
Alors oui, aujourd'hui, quand une porte sonne dans une série, j'ai encore ce petit sursaut. Mais progrès quand même, car maintenant, je le reconnais. C'est mon vigile intérieur et ses réflexes de ‘guerre’ au service de ma boulimie de solitude.
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Comme dans les films, il y a davantage de sonneries de téléphone que de sonnerie à la porte.
Je me fais très souvent avoir en me demandant qui m'appelle, notamment quand le téléphone sonne en mode vibreur.
J'en rigole après mais je me laisse encore et encore prendre au jeu.