Le deuil de l’extase
Notes sur mon combat contre l’alimentation émotionnelle

Je travaille mon rapport à la bouffe. Rapport compliqué, ultra-malsain, et un rapport qui me blesse énormément. De ce travail ressort de sacrées choses.
Il est 17h. Je viens de manger un fromage blanc avec des fruits et du miel, accompagné d’un cookie. Je n’ai pas faim. Et pourtant, j’ai envie de manger.
Je ne suis pas satisfaite.
C’est dans la tête. Je le sais. Ce midi, je me suis fait un sushi-bol maison. J’ai écouté mes envies. J’ai même anticipé : ça faisait plusieurs jours que j’avais envie de cookies, alors je me suis achetée une boîte ce matin. J’en ai mangé. Et pourtant.
Je ne suis pas satisfaite. J’ai envie de manger, encore. Pas par faim. Par… autre chose.
En fait, je crois que ça fait longtemps que je n’ai pas été satisfaite par la nourriture. Genre vraiment satisfaite. Et je commence à comprendre que ce n’est pas juste une question de goût ou de portion. C’est peut-être un truc d’addiction.
Parce que même dans “mes craquages” les plus assumés, même quand je donne à mon corps tout ce que mon cerveau me chuchote, ce n’est jamais tout à fait ça. Il manque quelque chose.
Pas le bon combo. Pas exactement le bon goût. Pas assez fondant, pas assez croquant, pas assez transgressif, peut-être. Même mes menus actuels, contrôlés mais joyeux, pensés pour me faire plaisir sans me nuire… laissent un vide.
Un manque.
Il y a une extase alimentaire que je n’atteins plus.
Et pourtant, je l’ai connue. Je m’en souviens très bien. Enfant, ado, ces moments volés à la cuisine. Manger en douce, dans ma chambre. Ou ces soirées seules, quand mes parents étaient ailleurs, où je me préparais ce que je voulais. Le calme. Le contrôle. Le secret.
C’était rare, précieux, sacré.
Et aujourd’hui, je réalise que ces souvenirs ont installé la barre à une hauteur impossible. Ils colorent tout ce que je mange maintenant. Rien ne sera jamais aussi parfait que ces moments-là. Parce qu’aujourd’hui, JE contrôle. Et donc, plus rien n’est rare ou inaccessible.
Alors j’en suis arrivée à une conclusion : je crois qu’il faut que je fasse le deuil de cette extase-là.
Sinon, je continue de croire que c’est la bouffe qui manque. Alors que ce qui manque… en fait, c’est ce que la bouffe représentait. Ce qu’elle contenait de rébellion, de solitude choisie, de liberté totale, de silence intérieur.
L’extase, au fond, ce n’était pas la bouchée. C’était l’acte de me donner le droit de le faire.
Si je ne fais pas ce deuil-là, je soupçonne que je vais essayer de l’atteindre, encore, avec des comportements toujours plus dangereux, sans jamais y arriver.
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Oh wahouuuu Marie, tes mots sont touchants, poignants. Bravo à toi pour avoir eu le courage de les poser
Ce besoin de manger n'est-il pas en fait une carence affective ou sexuelle ?