Je suis obsédée par les manifestes
Jeudi aprem, affalée sur mon canapé, j’écoute les bruits de mes voisins-éléphants, et les sirènes qui s’affolent en descendant le boulevard. Je boude. Mes idées n’ont pas été très brillantes ces derniers temps. Bon, pour être totalement transparente, ce que je boude vraiment, là-maintenant-tout-de-suite, c’est en fait le monde entier. Oui, ENTIER. Le cirque des Miss France, des gens dans les files d’attente, l’administration, la géopolitique, les autres… Bref, le monde entier. Un sentiment un peu trop présent ces jours-ci.
POURTANT. Pourtant, rayon de soleil, mon esprit ne peut pas s’empêcher de revenir sur un sujet qui me fascine : les manifestes. Tu sais : ces textes un peu grandioses qui donnent une mission, avec des articles, des étapes, des trucs clairs.
Ça peut sembler contradictoire - une ronchone qui n’aime pas le monde mais qui passe son temps à lire les plans d’avenir remplis d’espoir de gens un peu bizarres. Et on parle de TEMPS sérieux. Des heures et des heures. J’ai collecté des centaines de fragments. J’ai même commencé à catégoriser ce que j’ai trouvé. Une vraie taxonomie, le truc. Ça a fortement influencé mon travail. Tellement que des gens ont relevé mon ton plus “politique” récemment.
Ça ressemble de moins en moins à une lubie passagère. On dirait même bien que ça ressemble à un truc sérieux. Alors je me suis dit qu’il était temps de me demander pour de vrai : pourquoi suis-je si attirée par les manifestes ?
Et puis de partager un bout de mon obsession avec toi, tant qu’à faire. C’est pas édité, pas développé, pas organisé comme il faut, peut-être même pas trop clair. Mais bon, fais-moi signe si ça résonne.
i.
Tout d’abord, c’est peut-être simplement une extension naturelle de mon intérêt pour Internet en tant que projet et ma fascination pour les mouvements de pensée et les gens sérieux.
Je n’arrive pas à décider si c’est une branche plus petite de cet intérêt OU si je me rapproche du tronc. En gros, les manifestes sont-ils un sous-thème d’Internet, ou en sont-ils le cœur ?
ii.
Néanmoins, je suis attirée par l’authenticité des manifestes. J’aime l’idée d’énoncer clairement ce que je défends (ce qui fait écho à ce dont je te parlais ici). Peut-être même plus que ça, j’aime l’idée que les autres soient clairs dans leurs intentions (on est en mode transparence totale, là, je t’ai prévenu). Et que les autres réfléchissent aussi vraiment à leurs principes aussi profondément que moi.
iii.
J’aime la dimension politique des manifestes. Enfin, pas que ce soit communiste ou je ne sais quoi (ça, rien à faire). Plus spécifiquement, j’aime l’idée d’un manifeste comme un acte de reconquête de la politique à ses dérives corrompues. Enthousiasmer les gens pour des idées plutôt que pour des idéologies basées sur de vieux scripts.
iv.
Je suis intéressée par la façon dont ils transforment les croyances en missions. Et à quel point ce geste peut être puissant dans un monde qui semble enfoncé jusqu’aux genoux dans une crise du sens (ou c’est juste moi ?)
v.
Voici le côté contradictoire : la ronchonne en moi aspire à l’amour et à l’espoir que révèlent les manifestes. Elle trouve admirable de transformer l’insatisfaction (la racine de la création) en quelque chose d’utile et orienté vers l’action. Tu te rends compte la dose d’espoir qu’il faut avoir pour pondre un texte qui non seulement propose un avenir dans le bon sens, mais aussi enthousiasme les lecteurs à agir avec toi ?
vi.
D’autant plus quand je considère la folie de risquer d’avoir tort de manière (souvent) si publique. Affirmer n’est définitivement pas pour les faibles.
vii.
Par-dessus tout, j’admire l’objet. Celui qui résulte de l’affirmation : le texte dans sa forme écrite. Le truc qui tient dans ta main ou sur ton écran. Je vois ces pages web, ces textes et listes d’articles comme des symboles tangibles de souveraineté personnelle. Il y a beaucoup de puissance là-dedans.
viii.
Maintenant, je réalise aussi qu’il est naïf de penser qu’un texte est la mission. L’intention laisse de côté l’exécution la plupart du temps (et l’exécution est terriblement difficile). Les manifestes ont aussi une histoire collante. Ils ont été utilisés pour la beauté comme pour la violence. Ça ajoute d’une certaine façon à ma fascination.
ix.
Face à toutes ces raisons, je ressens plus que je ne vois une certaine forme... Peut-être que c’est ce qui attire la ronchonne en moi : une issue qui ressemble à quelque chose comme ça.




J'adorais es manifestes des artistes. L'art contemporain est plein, riches de centaines de mouvements qui s'enrichissent (parfois), se contredisent (souvent) et se présentent toujours comme LE mouvement. Passé la mégalomanie collective, je les trouvais porteurs et souvent assez flamboyants. J'aimais aussi la dimension politique (dans le sens "partisane") avec une lecture a posteriori souvent très différente de ce que les auteurs avaient imaginé !