Le travail comme aventure personnelle
Notes de lecture sur Good Work de Paul Millerd
J'avoue avoir abordé Good Work avec une certaine réticence. Le premier livre de Paul Millerd, The Pathless Path, m'avait laissée sur ma faim - pas parce qu'il était mauvais, mais parce qu'il ne correspondait pas à mes attentes. Je cherchais du concret, j'ai trouvé une histoire. Paradoxalement, c’était justement cette approche narrative qui m'avait permis de lire le livre d'une traite.
La vraie valeur du Pathless Path ne s'est révélée qu'avec le temps. Les concepts évoqués par Millerd ont fini par résonner avec mon propre parcours, entamé bien avant la sortie de son livre, lors de ma remise en question universitaire.
Good Work : L'aventure du travail qui compte
Cette fois-ci, Good Work était exactement ce que j'attendais. En 3-4 heures de lecture, Millerd livre une réflexion personnelle sur ce qui constitue le "bon travail" - celui qui nous fait nous lever le matin avec envie / celui qui est important.
Les enseignements clés
Le livre développe une idée centrale : trouver le travail qui importe est une aventure personnelle.
Quelques points saillants :
Ce processus prend du temps et n'est pas toujours évident (surtout pas un parcours en ligne droite)
Le bon travail n'est pas forcément lié à ta situation économique // Tu n'es pas obligé de monétiser ton bon travail
Il faut parfois accepter de gagner moins pour vivre son ‘bon travail’ (et non "de" son bon travail)
Pas évident à traduire ‘good work’.
Malgré ses qualités, le livre s’adresse à une perspective très américaine, obsédée par l'argent. Pour quelqu'un qui a grandi dans un milieu agricole, français, où l'on sait qu'il faut parfois "prendre une mauvaise année pour avoir une belle année derrière", ces concepts n'étaient pas révolutionnaires.
Bien que, j’ai encore fait la réflexion à mon père ce week-end : les agriculteurs ne savent pas PAS travailler.
Cependant, cette lecture m'a poussée à une introspection nécessaire : qu'est-ce qui me pousse à me lever ? Quelles activités importantes je repousse par manque de temps ou par préoccupations économiques ?
Un passage fait mouche
Le moment le plus marquant du livre relate une conversation entre Paul et sa femme Angie. Elle exprime sa frustration de ne pas avoir encore trouvé son "travail de fond", testant différentes voies, devenant mère, ressentant la pression économique. Cette scène m'a émue aux larmes car elle reflétait parfaitement mes propres questionnements.
Et surtout, avec mon parcours ‘qui se cherche’ :
L’impression de ne rien apprendre de concret à l’université (ni d’utile), sortir de là le plus vite possible (malgré un parcours brillant à l’école)
Un service civique vécu comme un "bullshit job"
La création successive de plusieurs projets en ligne (Lemons & Bananas, Just French It), fermés par manque de vision long-terme ou ennuie
Une rupture compliquée en Irlande du Nord qui m'a forcée à me reconstruire sur le plan personnel ET financier
Le sentiment d'être "nue", "bête", sans compétences
Ne pas réussir à ‘percer pour de vrai’ ou ‘trouver ma place’ en tant que créateur web
Aujourd'hui, je suis indépendante et (plutôt) sûre de mon parcours, mais toujours en recherche. Peut-être que mon good work c'est l'écriture - je me sens toujours énergisée après avoir écrit. Mais sous quelle forme ? Ou la musique - j'ai fait pleurer 300 personnes en performant une chanson écrite pour le mariage de mon frère.
Le framework pratique que je retiens
Sur la question de ‘mais comment je fais pour gagner de l’argent dans tout ça’, Millerd propose un outil concret, une matrice pour catégoriser les différents types de travail :
Good Work : le travail de fond, celui qui compte.
Good Enough Work : le travail plaisant qui ne demande pas trop de soi, qui n’est pas ‘LE bon travail’, mais qu’on peut faire pour gagner de l’argent.
Supporting Activities : le travail annexe au ‘bon travail’, mais qui ne l’est pas (peut être une distraction).
Bad Work : le travail qui nous tue à petit feu (à refuser catégoriquement)
C'est probablement l'élément le plus actionnable du livre, et celui que je compte utiliser pour mieux évaluer les opportunités qui se présentent à moi.
Conclusion
Good Work m'a offert trois choses précieuses :
Une permission de faire des choix moins conventionnels
Une réécriture de mon histoire personnelle sous un angle plus positif
Un ancrage dans mes valeurs actuelles
Cette lecture "facile" s'est révélée être une lecture importante au bon moment. Elle m'a laissée à la fois plus légère et plus ancrée - une sensation étrange mais apaisante.
Si tu te sens perdu dans ce que tu fais actuellement, ce livre ne répondra pas directement à tes questions, mais il t'offrira une façon de penser intéressante pour aborder ta propre quête.
PS : J'ai très hâte de lire le livre d’Angie Wang qui sort bientôt - j'ai le sentiment qu'il complétera parfaitement mes réfléxions personnelles.
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