Être amoureux de l’idée d’être passionné
Quand on confond le désir d’apprendre avec le désir de paraître.
À défaut d’être passionnée, j’ai souvent cru l’être.
Ce n’est pas tout à fait la même chose, même si l’une est une bonne imitatrice. Être passionnée, c’est réel, incarnée, dans l’action, l’obsession même. Vouloir l’être, c’est faire semblant.
Il m’est arrivé de vouloir aimer l’histoire, par exemple. De vouloir l’aimer pour ce que ça disait de moi : une personne curieuse, cultivée, un peu sérieuse, un peu rêveuse, avec des livres sur la table de chevet. Je n’aimais pas tant l’histoire que l’image de celle que j’aurais été si je l’avais aimée.
Et c’est là que les choses se compliquent. Parce que sur le moment, c’est agréable. C’est valorisant. On se sent un peu plus dense. Un peu plus intéressante. On se prend au jeu. Sauf que la réalité de la passion n’est pas là, et que sans, les résultats non plus. On ne lit pas. On ne pratique pas. On n’en fait rien de plus qu’une esthétique. Ce n’est que du décor.
En plus, si on est très fort pour se convaincre de nos propres histoires, les questions-doute pointent leur nez. Pourquoi est-ce que je n’en fais rien ? Pourquoi je n’y arrive pas, si c’est censé me passionner ?
Internet s’en mêle (s’il n’est pas l’investigateur), et comme il ne distingue guère, il empire la chose. Il suffit de suivre quelques comptes, de liker deux vidéos, de poster un message avec un mot-clé de niche pour que l’on soit étiqueté comme un “passionné” : d’histoire, de politique, de céramique japonaise, de jeux de société, d’avant-guerre.
La vérité, c’est qu’on regarde des gens être passionnés, à défaut de l’être nous-mêmes. Et ça ne nous rend pas heureux.
Je me suis longtemps sentie en faute de ne pas aller au bout des sujets que j’avais proclamés miens. Et cela me remplissait d’une honte étrange — non pas d’avoir échoué, mais d’avoir menti sans le vouloir. À moi d’abord, aux autres ensuite.
Le monde d’aujourd’hui nous pousse à faire de nos intérêts une identité, et de cette identité une vitrine. On choisit ce qu’on est censé aimer presque comme on compose un personnage. Mais la réalité n’obéit pas à la déclaration. Car, on peut aimer l’idée d’aimer, sans aimer. Je pense qu’on le fait souvent. Et que c’est grave.
Tant qu’on cherche à devenir quelqu’un à travers ce qu’on n'aime pas réellement, on reste dans la surface. On construit une image. On rêve d’une identité future. Mais on ne creuse rien. Et ça en devient une source de doute de soi.
Alors pour trouver cette vraie passion, il faut renverser l’intention.
Au lieu de vouloir devenir, on doit chercher à comprendre. À apprendre. À toucher. À manipuler. On se recentre sur son monde intérieur, sur cette boussole de curiosité qui nous guide vers les choses qui seront profondément intéressantes et qui nous apporteront forcément quelque chose de beau.
En se déconnectant de l’esthétique, en renonçant au personnage, on fait de la place à ce qui compte vraiment. Ce qui va nous remplir de fierté, et de volonté.
C’est dans l’espace de la curiosité interne que les vraies passions émergent.
Bienvenue dans Les Petits Papiers, mon espace le plus personnel sur internet.
Ici, je publie des morceaux d’idées, des réflexions qui me traversent, des bouts de projets créatifs, des essais et des notes de lecture. C’est un endroit où je peux écrire sans contrainte, partager des pensées qui n’ont pas forcément leur place ailleurs.
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