Ce que j’essaye de faire en écrivant en ligne
(remède à la roulette russe du like)
Ces derniers temps, je me retrouve à ouvrir Substack trop souvent. Par réflexe d’ennui déjà. Mais si je suis honnête avec moi-même, aussi pour voir si je ne suis pas devenue un succès phénoménal pendant que je faisais la vaisselle.
C’est le côté addictif des réseaux pour les créateurs. Une espèce de roulette russe du like :
Parfois, tu en as, et tu es content.
Parfois, tu n’en as pas, et tu meurs un peu au fond de toi (comme ces derniers temps sur Notes).
Alors dans un effort pour contrer la machine, je me suis penchée (à nouveau) sur les raisons qui me poussent à écrire et publier autant de choses en ligne. Parce que oui, je publie BEAUCOUP : entre Les Papiers (ma newsletter pour les créateurs du web), Les Petits Papiers (la newsletter perso), les réseaux (Substack, X, Threads et Insta)… C’est au moins une dizaine de contenus par semaine.
Certains n’aiment pas le mot ‘contenu’ — mais je pense que c’est plus une réaction au marketing maladroit qu’autre chose. Moi, je le vois comme ‘un truc qui contient des idées’.
Bref. Je suis revenue à la question source : qu’est-ce que j’essaye de faire en partageant du contenu en ligne ? Et voici mon honnête réponse.
1. C’est une démarche de liberté personnelle
Je crois fortement que la visibilité conduit les opportunités. Alors si je partage des choses, c’est aussi pour que tu penses à moi quand tu rencontres un problème que je peux t’aider à résoudre.
C’est tout le principe de la façon dont je gagne ma vie : montrer aux gens que je peux aider, que je peux les aider.
Alors oui, derrière cette démarche, il y a une question de tunes.
Et je vais être honnête, s’il n’y avait pas cette question : je ne partagerais pas forcément de la même manière. Mais on vit dans un monde où l’argent fait la liberté personnelle : c’est comme ça. Et j’ai pris à cœur de prendre soin de moi sur ce côté-là.
Dans cette démarche de liberté personnelle, il y a aussi le côté : les jobs traditionnels tuent ma liberté personnelle.
Toutes ces histoires de :
horaires stricts
contrats de ce que tu dois faire sans que ce soit forcément utile à personne
encadrement de comment tu dois faire les choses
…
Je comprends l’intérêt pour l’entreprise (pour la société, et même pour les employés) là-dedans. Mais je n’y arrive pas. Je ne supporte pas l’idée de trafiquer ma liberté de temps, d’espace et de distribution de jus de cerveau contre 1500 € et des congés payés.
Mais ce qui m’embête encore plus dans ce modèle, c’est le rythme imposé de croissance : devoir rester au même poste pour espérer une promotion, les augmentations négociées à quelques centaines d’euros de plus ou de moins, devoir connaître toutes les subtilités des règles pour en profiter…
M’enfin, je ne vais pas te faire un documentaire sur les problèmes du monde du travail actuel.
Écrire sur internet, c’est juste ma solution. Mon monde du travail alternatif, qui me donne toutes les chances que le monde du travail traditionnel ne peut tout simplement pas se permettre.
2. C’est une démarche politique d’influence
Je crois bien que je n’avais osé qualifier ma démarche de ‘politique’ avant.
Voilà comment je vois les conséquences de mes écrits en ligne :
toucher des gens avec des idées que je pense importantes
les faire réfléchir sur ces idées
qu’ils les utilisent dans leur propre vie (ou qu’ils le rejettent totalement)
voir même qu’ils les fassent grandir et qu’ils partagent à leur tour ces idées
Ça ne veut pas dire que je vais devenir militante (même si, dans un sens, tu le deviens un peu si tu crois à ce que tu partages). Ça ne veut pas dire non plus que je vais te dire qu’il faut voter ça et que la démocratie machin.
Je vois ça comme une vraie démarche politique, pas une opération de com’.
Quand je choisis de te parler d’une idée, c’est parce que j’y crois, pour lui donner plus d’importance, plus de poids dans la tête de plus de gens. Parce que je crois qu’elle ferait du bien, et que plus de gens devraient la considérer.
Tout ça me paraît beaucoup plus sain que l’officiel système politique actuel. Comme un retour aux débats d’orateurs sur la place publique.
Alors oui, je sors les grands mots : politique et influence.
Influence, encore un qui fait peur ! Parce que les gens ont tendance à le confondre avec ‘manipulation’. Ou pire, avec le personnage de l’influenceur : en mode promoteur du consumérisme, de l’artificiel et des scandales à deux balles.
Influencer, c’est juste avoir un rôle dans le monde que tu vis.
Donc ces deux mots font partie de mes aspirations les plus normales : j’aspire à être un acteur du monde (influence) et à aider à le façonner dans le sens que je pense bon (politique). Et je mets ça en action en écrivant en ligne.
3. C’est une démarche de développement personnel
On fait un bingo des mots qui ont perdu leur sens originel à force de mal les utiliser ?
Prenons maintenant le cas de ‘développement personnel’, démarche centrale pour moi. Parce que si je publie ce que j’écris, c’est aussi parce que ça me permet d’apprendre des trucs, et de faire évoluer mes standards.
Devoir exprimer vraiment ce que je pense, et pas me contenter de quelques mots rappels, mais vraiment aller au bout de l’idée, me confronte régulièrement à mes failles : ce que je pensais n’est pas complet, ou superficiel, ou des questions arrivent en masse.
Je me trouve aussi forcée de continuer à penser si je veux continuer à publier. Il y a un côté pas toujours sain là-dessous - cette obligation de toujours avoir quelque chose à dire - mais c’est principalement une bonne chose. De l’inertie créative, qui fait beaucoup de bien à la partie de mon cerveau qui doute encore de mes capacités d’action.
Et puis, écrire pour publier ou partager, c’est pas du tout la même chose que d’écrire pour soi. D’ailleurs, quand j’écris pour moi, je fais rarement des phrases : je suis plutôt du genre à faire des listes avec des petits dessins griffonnés. C’est chouette, j’aime bien penser comme ça. Mais si je me contentais de faire ça, je passerais à côté d’un des bénéfices majeurs de l’écriture plus formelle.
Écrire pour que tu puisses me lire me demande de sortir un peu de ma zone de confort, et de faire l’effort empathique de rendre ce que je dis lisible et accessible aux autres.
C’est ça le bénéfice premier de maîtriser une langue commune écrite : pouvoir dire des trucs que les autres gens comprennent.
Et je vais te faire un aveu douloureux : j’ai beau m’autodiagnostiquer comme asociale en rigolant, je souffre chroniquement de l’impression d’être illisible dans ce monde.
Dans un sens, c’est aussi ma démarche pour avoir du lien humain - mais à ma façon. Ça me permet de communiquer en dehors des exigences IRL qui me bouffent, tout en créant de vraies connexions : les gens réagissent, ne sont pas d’accord, ou le sont.
C’est une bonne question à te poser aussi si tu es ‘créateur de contenu’.
Et surtout, c’est une question particulièrement importante si aujourd’hui tu te retrouves déçu de tes résultats, frustré par ce que tu crées, ou à te demander si ça vaut encore le coup.
Découper ta démarche avec toutes les raisons qui te poussent à créer, c’est utile. Parce que ça te permet de piocher dans les bonnes raisons quand une d’entre elles ne donne pas le résultat espéré.
Par exemple, là, ce matin, quand j’ouvre Substack et que j’ai zéro notification alors que je pensais avoir posté des trucs super intéressants... je suis déçue. C’est normal. Mais je peux me reposer sur les autres raisons : la partie politique (mes idées sont là, elles circulent) et la partie développement personnel (j’ai appris en écrivant ça).
Est-ce que ça règle totalement le problème de dépendance aux likes ? Non.
Est-ce que ça va m’empêcher de regarder mes stats et d’être déçue quand j’ai zéro notifications, surtout le matin ? Probablement pas.
Mais ça m’aide à continuer. Et à être fière de ce que je fais.
Et ça, je pense que c’est important.
Alors maintenant, je te la pose : pourquoi tu publies ? Ou pourquoi tu hésites encore ?





merci pour ce texte, c'est exactement les raisons pour lesquelles je publie : diffuser des idées, me poser des questions, apprendre et évoluer ! la tyrannie du like c'est difficile, on est ensemble
Une lettre qui parle de réalité, qui soulève des points que nous partageons, pour beaucoup. Merci d’avoir partagé cela.
Ps: J’aime beaucoup ton écriture !